
Appelé couramment en créole “Ti machann”, les petits commerçants des quartiers contrôlés par des gangs armés sont contraints à payer des rançons quotidiennes communément appelées “resèt”. Cette activité est généralement mis en place par les groupes armés de ces zones en vue de renforcer leur bande par rapport à d’autres groupes armés rivaux. Ces rançons exigées par les gangs armés sont, dans la plupart des cas, destinées aux chefs de bandes, afin de trouver les moyens financiers nécessaires pour continuer à s’approvisionner en armes et munitions.
Cependant, ces petits commerçants qui financent le plus souvent involontairement les groupes armés font face à une situation économique déjà précaire, compte tenu du faible profit que leur procurent ces activités commerciales surnommées “Ti Degaje”. De ce fait, pourquoi ces petits commerçants continuent-ils à payer ces rançons?
“Pour avoir une place dans le marché, il faut payer toujours sa rançon. Sinon on risque de perdre son étal avec toutes ses marchandises. Les gangs sont généralement impitoyable envers nous. Si on ne paie pas à temps sa rançon, on subit des agressions verbales de toutes sortes. Et, si on refuse de payer la somme, on peut être violemment battu sous les yeux de tous. Ici, dans le marché, on est obligé de soumettre aux principes des gangs puisque l’état n’y est pas”, a expliqué Josmène Dorce, une vendeuse de produit alimentaire au marché Telele de la route de Frères.
“ Ce phénomène de recette m’a vraiment affaibli économiquement. Je ne fais presque pas de profit. Pourtant, ce commerce est mon seul activité économique me permettant de répondre aux besoins scolaires de mes trois enfants. Si cette réalité persiste, je ne pourrai plus payer la scolarité de mes enfants”, s’inquiète-t-elle.
Le commerce informel, un secteur asphyxié par les gangs
Ces marchés représentent de véritables espaces commerciaux dans lesquels les gangs imposent leur loi. L’horaire des rançons varie en fonction du fonctionnement des groupes armés. Dans certains marchés publics, les petits commerçants sont taxés quotidiennement, pourtant dans d’autres, la recette se fait chaque semaine. De plus, la somme exigée par les gangs est fixée le plus souvent en fonction de la taille du commerce et du type de produit. Une situation qui entrave les profits des petits commerçant appartenant à ce secteur.
En effet, dans son texte “L’économie informelle en Haiti” l’économiste Nathalie Lamaute-Brisson qualifie de “secteur informel” l’ensemble de ces activités économique qui échappent au contrôle des autorités étatiques et qui ne répondent pas aux normes légales en matière fiscale, sociale, juridique ou d’enregistrement statistique.
Les “Ti Machann” sont, pour la plupart, des gens issus des quartiers défavorisés de la capitale. Pour survivre, ils n’ont d’autre choix que d’exposer quelques produits dans les marchés publics en bon détaillant. Cependant, leur survie est encore menacée par le rançonnement des gangs armés dans ces espaces économiques du pays.
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